Digestio
Motivé par la recherche et l’expérimentation autour de la matière et des matériaux, ainsi que par une volonté de médiation, le projet Digestio prend la forme d’un repas expérience autour de la digestion. 
La digestion est un cycle naturel et universel qui me permet, en tant que future designer, de questionner la cohérence et les temporalités du cycle de vie d’un matériau, de sa transformation, son usage à sa détérioration. 
Ce projet est alors né d’un travail de recherches de connaissances physiologiques puis d’une étude analogique ouvrant sur l’expérimentation et le dessin. 
Broyer, imprégner, acidifier, rétropulser, malaxer, hâcher, dégrader, absorber, fermenter, ... 
Les processus à l’œuvre lors de la digestion se retrouvent au cœur du propos mais ils guident avant tout l’expérimentation et soulèvent des analogies et des questionnements à différentes échelles : du cycle de synthèse de l’amidon, de la corrosion des métaux, du procédé industriel de raffinage, du processus de fermentation, au fonctionnement des associations symbiotiques. 
Entre cuisine, céramique et digestion, des terres mêlées de céréales, de métaux, de lessive ou bien encore de levure, prennent forme et deviennent contenant pour des mets tant expérimentaux que narratifs. 
L’expérience culinaire s’entremêle de recherches plastiques et photographiques créant un univers aussi sensible que sensé. 
L’amidon est la première substance dégradée chimiquement par les amylases salivaires contenues dans la salive, lors de la digestion. C’est une molécule glucidique servant de réserve énergétique aux végétaux. Par le processus de photosynthèse, les végétaux transforment le carbone minéral en carbone organique, offrant à l’homme et au règne animal, une source d’énergie primaire et fondamentale. Ce plat tend à retracer l’histoire de l’amidon de sa synthèse par le végétal jusqu’à l’amorce de sa dégradation en bouche, libérant une énergie vitale. Les techniques culinaires utilisées sont issue d’une étude analogique de la mastication (presser, broyer, hacher,…) ainsi que des propriétés singulières de l’amidon comme l’expansion.

Pomme de terre, farce herbacée, noix, noisette, panure sésame noir, chips de tapioca soufflée, jus vert
L’estomac est le milieu le plus acide de tout le système digestif. L’acide chlorhydrique, sécrété par les glandes gastriques, est un puissant acide ( pH 2 ). Il permet de brûler les allergènes, et participe à la dégradation des protéines. La cuisson par acidité est une technique culinaire très similaire au processus digestif et un exemple probant de la frontière mouvante entre cuisine et digestion. En jouant sur la qualité des acides et sur le temps de « cuisson », on obtient une riche palette, du cru au cuit, du ferme au cotonneux. La dualité brutale créée entre la chair du poisson crue et le pur jus de fruit tend à évoquer la puissance des phénomènes stomacaux tant dans leur intensité que leur temporalité.

Dorade royale marinée 30h ; jus de rhubarbe, jus de framboise, fruit de la passion, jus de kiwi
Le raffinage est un procédé industriel permettant de séparer tout ou partie d’éléments d’un tout. La dégradation chimique et enzymatique des nutriments, ayant principalement lieu dans l’intestin grêle, peut être vu comme une forme de raffinage. Par ailleurs, de nombreuses matières alimentaires subissent une étape de raffinage industriel. En prenant le parti de travailler avec des sucres de canne complets non raffinés, il s’agit relocaliser ce processus et de laisser le corps faire, bénéficiant ainsi des intérêts nutritionnels des sucres complets. Les sucres complets sont une matière vivante aux typicités aromatiques propice à la dégustation. Par la dissolution progressive des sucres dans le fromage blanc, ce met nous met face à une temporalité naturelle proche de celle du corps.

Fromage blanc, sucre complet du Pérou, Muscovado de l’Île Maurice, Rapadura
Infusion de fleurs de sureau
Notre système digestif et plus particulièrement notre gros intestin abrite notre microbiote. Nous vivons en symbiose avec des milliards de bactéries. Ces dix dernières années, la recherche dans ce domaine s’est développé jusqu’à remettre en question le rôle de ces bactéries sur l’hôte qui pourraient être beaucoup plus important qu’on ne l’imaginait. Ces bactéries digestives jouent de nombreux rôles essentiels, en contrepartie elles « se nourrissent » et induit donc un phénomène de fermentation.
La fermentation peut être vue comme une relation mutualiste. Le thé kombucha, est un thé fermenté originaire de Chine. En fermentant, les bactéries et levures produisent de la biocellulose, formant un biofilm. Ce biomatériau interroge les cycles de vie, de leur usage à leur détérioration, des matériaux d’emballage plus conventionnels dont la pérennité suscite de l’incohérence vis à vis de leur usage.
Les mères de Kombucha se partagent,  tout comme la technique de l'origami utilisée pour ce sachet de thé.